Florence RODHAIN : La nouvelle religion du numérique. Le numérique est-il écologique ?

Selon Florence RODHAIN, une pensée magique aux service d'intérêts tout à fait réels accompagne le développement fulgurant du numérique dans nos sociétés. A l'ère du "tout-numérique", des réseaux sociaux, du virtuel, du télétravail et du "zéro papier", la prise de recul n'est plus autorisée. Pour Florence Rodhain, auteure de plus de 200 publications scientifiques, il y a pire : la pensée dominante voudrait faire croire que le numérique est associé à l'écologie. Or en réalité, l’industrie des Technologies de l’Information et de la Communication est l’un des secteurs industriels les plus polluants et destructeurs de la planète... Dans son dernier livre "La nouvelle religion du numérique. Le numérique est-il écologique ?", co-édité par EMS (Editions Management et Société) et par les éditions Libre & Solidaire, Florence Rodhain se base sur ses propres travaux, ainsi que sur ceux de l'ensemble de la communauté scientifique, pour déconstruire cette pensée magique.

L'engouement pour le "tout numérique", le résultat de manipulations

Pour Florence Rodhain, Maître de conférences HDR à l’École polytechnique universitaire de Montpellier et co-directrice de l’unité de recherche « Systèmes d’Information » du laboratoire MRM, il ne faut pas se voiler la face : les injonctions à se diriger vers le « tout numérique » sont l’objet de manipulations où les véritables motifs sont cachés.

On cache la tentative de sauvegarder coûte que coûte un système qui nous entraîne vers le chaos, tout comme le fait que l’enfant est désormais considéré comme un consommateur plutôt que comme un apprenant…

Et pour étayer ses propos, l'auteure adopte une démarche pragmatique, rationnelle et très documentée.

Dès l'introduction, avec l'écriture incisive qui la caractérise, elle donne le ton :

«De nombreuses écoles au niveau post-bac délivrent une tablette aux étudiants de première année, le plus souvent un iPad. (...). Allez leur dire, preuve à l’appui, que leurs étudiants, désormais, grâce à la tablette gracieusement fournie, passent, sur 1h30 de cours, 25 minutes à jouer, 15 minutes à surfer sur Facebook, 10 minutes à regarder des photos ou vidéos, etc. »

Un pamphlet salutaire qui incite à ouvrir les yeux

Voici un court extrait de l'introduction qui donne à réfléchir et appelle à plus de prudence face à l'avènement du numérique, érigé au rang de religion (un thème explicité en profondeur dans la seconde partie de l'ouvrage) :

« Si l’individu est béat devant la beauté des nouvelles icônes religieuses (une jolie pomme rouge par exemple), c’est gagné : la consommation suivra. Les dirigeants ne s’y trompent pas, eux qui poussent les consommateurs à entrer en religion dès l’âge le plus tendre. Ainsi, une pluie d’incitations n’a de cesse de tomber sur les éducateurs dans l’optique de les convertir au numérique. L’argent, comme par miracle, coule à flot dans les écoles, lycées, universités, quand il s’agit d’équiper les classes au tout numérique. Cet afflux de moyens en temps de « crise » est aussi remarquable que la multiplication des pains. Les apôtres du numérique siégeant dans les ministères s’efforcent de former une armée d’abbés chez les enseignants, de l’université à la crèche. C’est bien connu, plus tôt l’esprit est soumis à une doctrine, plus il y a de chance que celle-ci prospère.

La poussée est irrésistible…

Certes…

Est-ce que ce constat doit nous inciter à avancer au pas la bouche ouverte ? Puis avaler l’ostie en baissant les bras et la tête ? Bien au contraire ! C’est un argument supplémentaire pour raison garder. Débusquons les ressorts de l’essor du numérique. Sortons de l’acceptation béate, refusons d’avancer tels des bovidés, fermons la bouche, relevons la tête et surtout ouvrons les yeux. »

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