A lire cet hiver : un jardin dans les Appalaches

Les longs mois d’hiver sont relativement calmes au jardin où il ne reste que des poireaux, quelques variétés de choux d’hiver ou des choux de Bruxelles. Par contre, c’est une période propice pour effectuer quelques travaux d’entretien (désherbage, nettoyage, réparations, taille et élagage), pour planter des arbustes ou des haies ou pour améliorer la structure du sol. C’est aussi le moment de consulter les catalogues de semences, de planifier les travaux à venir pour la nouvelle saison ou de se plonger dans les guides ou les livres de jardinage.  Publié en 2007 aux Etats-Unis et traduit en français l’année suivante, « un jardin dans les Appalaches » de Barbara Kingsolver est une excellente référence en matière de jardinage. Ce livre s’adresse à un public large : les novices qui souhaitent démarrer une petite parcelle tout comme les jardiniers expérimentés y trouveront leur compte.

Le récit relate le quotidien d’une famille américaine qui s’est lancé le défi de ne vivre uniquement des produits de leur propre exploitation ou provenant des producteurs locaux et ce pendant une année complète. Dans les années 70, ce genre d’expérience avait un côté communautaire certes, mais généralement exclusif et à caractère autarcique. 30 ans plus tard, les choses ont bien changé. La population occidentale est maintenant majoritairement urbaine, le secteur agricole s’est intensifié en un système de monocultures sur des surfaces immenses et le commerce mondial s’est généralisé grâce à un pétrole bon marché permettant l’acheminement des denrées alimentaires sur des milliers de kilomètres. L’objectif de cette famille est donc d’adopter une perspective « locavore », c'est-à-dire de réapprendre à produire et à consommer localement des produits de qualité et ce en phase avec les cycles saisonniers naturels.

« Un jardin dans les Appalaches » distille donc quelques conseils utiles pour le jardinage mais propose également une réflexion approfondie sur nos habitudes alimentaires et notre relation à la terre.  Entre autres choses, Barbara Kingsolver s’interroge sur

  • l’évolution des traditions culinaires et des habitudes gastronomiques selon les pays d’un point de vue socioculturel
  • la place d’une agriculture familiale, locale et durable dans le contexte de la mondialisation
  • les différentes approches liées à la production de viande (ovine, bovine, volaille etc.) selon les méthodes intensives ou  extensives
  • les conséquences du développement des semences génétiquement modifiées sur le patrimoine génétique des semences légumières
  • l’utilité d’une réglementation trop stricte en ce qui concerne la labellisation des produits biologiques
  • le prix réel des denrées alimentaires
  • les excès liés aux méthodes de l’agriculture intensive et les solutions alternatives etc.

L’un des derniers chapitres concerne l’élevage et la tentative de reproduction des dindons de l’exploitation.  En effet, il est étonnant de constater qu’aux Etats-Unis, 99% des dindons élevées pour Thanksgiving ou Noel sont inséminés artificiellement, n’arrivent pas à maturité et ne se reproduisent donc plus naturellement.  En conséquence, un certain nombre de races anciennes a quasiment disparu, ainsi que tout un savoir faire relatif à la reproduction et au comportement des dindons élevés « au naturel ».

Le livre est co-écrit par Stephen L. Hopp et Camille Kingsolver (respectivement mari et fille de l’auteur).  Stephen L. Hopp intervient pour fournir un certain nombre de données chiffrées concernant certains aspects économiques et juridiques de la mondialisation de l’agriculture moderne.  Camille Kingsolver parsème l’ouvrage de recettes de cuisines en fonction des récoltes provenant du jardin au fil des saisons ainsi que de conseils concernant différentes méthodes de conservation des aliments.

« Un jardin dans les Appalaches » est disponible en poche (Rivages) dans toutes les bonnes librairies.

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