PARIS, 26 nov 2008 (AFP). Vie de prof. Soph’ enseigne le français dans un collège difficile de la banlieue de Lille et se décourage quelquefois devant le fossé qui la sépare de ses élèves, incultes et illettrés.
Elle choisit de raconter en strips verticaux (elle les publiait sur un blog -lestoujoursouvrables.over-blog.com- avant que l’éditeur Paquet ne s’y intéresse), avec un humour féroce, les scènes ordinaires de la vie de prof.
Soph’ prend pour cible Emilie, parangon des élèves en échec scolaire, dont elle croque en quelques traits à la Reiser les exploits (« C’est la meilleure de la famille, on veut qu’elle fait docteur… Ou chanteuse », dit la mère d’Emilie).
« C’est un bon moyen de prendre du recul après des journées pas toujours marrantes, explique Soph’, 34 ans, à l’AFP. D’une certaine façon c’est un défouloir, mais pour les lecteurs aussi. Des collègues me disent: « +T’as du bol d’être capable d’en rigoler+ ».
« Toutes les scènes sont inspirées d’anecdotes vécues, précise-t-elle, mais je brode. Emilie est devenu une espèce de melting-pot de toutes les bourdes que pouvaient pondre les élèves, les lapsus, les énormités… » Soph’ renouvelle le genre mésaventures d’un prof en bute à une +population scolaire difficile+, grâce à une cruauté assumée, salutaire, qui fait éclater de rire.
Une perle en guise de mise en bouche: « – Qui est l’auteur de Germinal? », demande Soph’ en montrant le livre. « – 10 cm! » répond Emilie.
(« The plus beau métier du monde » T.1 « Emilie, graine de génie », de Soph’ – Paquet – 48 p. – 10,00 euros)
– Larcenet. Nous sommes toujours dans une petite commune rurale de Normandie, où Manu Larcenet (alias M. Larssinet pour les villageois) habite depuis quatre albums de son « Retour à la terre » (Dargaud).
Dans « Les révolutions » (T.5), le héros traverse un grain de déprime: il doit beaucoup s’occuper de sa fille, Capucine, car sa compagne, Mariette, a repris la fac – et n’a plus beaucoup de temps pour lui. Il se retrouve plus souvent derrière la table à repasser que la planche à dessin.
La vie aux Ravenelles (le village) est dominée par la campagne électorale où le maire, toujours entouré de deux nervis, est délicieusement cynique et tragi-comique, entre un Toto Riina rural et Luis de Funès.
Toujours en strips de six cases, le duo Ferri-Larcenet exulte: les gags sont subtils, les personnages savoureux (les hippies +développement durable+ en ponchos), et Ferri a gardé la grâce d’humour absurde de son « De Gaulle à la plage » (Dargaud), et son imagination délirante, sensible dans la mise en abyme de sa propre visite chez « Larssinet ».
(« Le retour à la terre » T.5 « Les révolutions », de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet – Dargaud – 48 p. – 10,40 euros)
– La Bible. Delcourt publie dans sa collection « Ex-libris » (Les textes fondateurs) une adaptation en bande-dessinée de la Bible, fidèle à la version de Louis Segond (19ème siècle, révisée au 20ème).
Les auteurs ont réussi à contenir en 64 pages dessinées les 31 premiers chapitres de la Genèse, grâce à une mise en scène qui va à l’essentiel, et retracent les premiers évènements clefs de l’Ancien Testament (la création du monde, la tour de Babel, le sacrifice d’Abraham…) et brossent quelques figures imposantes de la culture judéo-chrétienne (Adam, Noé…).
Le dessin en couleurs directes de Damir Zitko est appliqué et précieux, un peu froid, mais convient au caractère sacré d’une entreprise réussie: cette Bible en BD se lit très agréablement.
(« La Bible » T.1 « L’Ancien Testament-La Genèse (1re partie), de Jean-Christophe Camus, Michel Dufrasne et Damir Zitko – Delcourt – 64 p. – 14,95 euros)














