18 septembre 2008

SAINT-BRIEUC, 18 sept 2008 (AFP). L’un des plus gros armateurs privés de pêche en Bretagne, Jean Porcher, a décidé de se séparer de l’essentiel de sa flotte en exprimant son « ras-le-bol contre les réglementations et les contrôles », a-t-on appris jeudi auprès de l’intéressé.

Cette annonce intervient en pleine crise de la pêche française, cristallisée ces derniers mois sur la question du prix du gazole, et au moment où la Commission européenne propose de réduire davantage la flotte de pêche dans l’UE.

« Actuellement, c’est n’importe quoi. Les gendarmes maritimes veulent nous expliquer comment faire nos filets. Les lois changent toutes les cinq minutes. C’est trop compliqué. Puisqu’ils savent mieux faire que nous, les administratifs n’ont qu’à prendre notre place », a-t-il déclaré à l’AFP.

Pestant contre les quotas de pêche européens, ce patron de 59 ans qui a démarré sa carrière comme simple matelot au début des années 60 affirme qu’il « n’y a jamais eu autant de poissons mais qu’on n’a pas le droit de les prendre ».

Basé à Saint-Alban, près de Saint-Brieuc, son armement est composé de quatorze chalutiers hauturiers et emploie plus de 150 personnes, dont 120 marins. Il a déclaré que deux bateaux étaient déjà vendus et qu’il attendait un chèque pour deux autres, sans préciser combien de chalutiers il pensait conserver au final.

« La vente va aller très vite », a-t-il affirmé. « Cela fait six mois que je tire la sonnette d’alarme aux hommes politiques, mais les pêcheurs en France, ça n’intéresse personne ».

Gérard Le Bourhis, vice-président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) des Côtes d’Armor, a déclaré qu’il comprenait « le ras-le-bol des pêcheurs et plus précisément de Jean Porcher ». Selon ce responsable, « l’augmentation du prix du carburant et les restrictions réglementaires rendent exsangue la filière ».

L’année 2008 a été particulièrement difficile pour l’armement Porcher. En janvier dernier, six de ses marins ont péri dans le naufrage de leur navire, La P’tite Julie. L’armement a également été endeuillé en cours d’année par la perte de deux autres marins.

Le patron a souligné qu’il voulait se retirer tout en assurant l’avenir de ses marins. « Je ne vais pas laisser mes gars à la rue », a-t-il dit.