20 mai 2008

PARIS, 20 mai 2008 (AFP). L’occupation des locaux parisiens du groupe coopératif Limagrain, leader européen des semences, a tourné mardi matin à la leçon de choses pour la poignée de jeune gens venus dénoncer le « poids des lobbies OGM ».

Le collectif « Jeunesse sans OGM » entendait « dénoncer par avance l’illégitimité du vote » de la loi sur les organismes génétiquement modifiés mardi à l’Assemblée nationale et jeudi au Sénat, selon Xavier Renou, l’un des porte-parole, rappelant les soupçons de lobbying formulés la semaine dernière par le député UMP François Grosdidier.

La cible, Limagrain, qui développe les semences bioctechnologiques via sa filiale Biogemma, vient d’annoncer qu’elle arrête les essais d’OGM en plein champ. Mais Monsanto, le géant américain, « n’a pas de représentation à Paris », justifie le collectif.

Rapidement grimpé à l’étage, le petit groupe (neuf en tout dans les locaux, trois autres dehors) a eu le temps de déployer brièvement sa banderole aux fenêtres – « les lobbies OGM feront-ils la loi? » – avant l’intervention musclée des hommes de Limagrain, des agronomes et leur président, Pierre Pagesse.

Bousculades, noms d’oiseaux, invectives, M. Pagesse d’abord hors de lui semble interloqué qu’on s’en prenne à ses locaux: « On n’est pas Monsanto! c’est même pour que le monde ne dépende pas de Monsanto demain que nous nous sommes lancés », explique-t-il aux jeunes qui finissent par s’installer dans le couloir.

Un dialogue s’instaure: les « occupants » évoquent la biodiversité, la défense du bio, le droit de consommer sans OGM, les incertitudes de leur impact sur la santé.

« Mais les OGM sont déjà présents dans la chaîne alimentaire! », remarque leur interlocuteur. « Si les OGM sont mauvais, qu’on interdise les importations et moi je ferai de même. Sinon, je suis en concurrence déloyale avec les importations venues d’outre-Atlantique ».

Pierre Pagesse, 62 ans et lui-même cultivateur en Auvergne, convient que « les OGM ne sont pas la panacée, mais que pour nourrir l’humanité toutes les technologies sont bonnes à prendre. Quand je me suis installé il y a 30 ans, on était que 3 milliards d’humains. Commençons par repenser la consommation ».

Chacun campe sur ses positions, mais les manifestants ont apprécié l’échange et sa courtoisie. Ils tentent même – en vain – de faire signer « un engagement écrit » au président de Limagrain qu’il renoncera aux OGM si les importations sont suspendues.

Les manifestants ont quitté les lieux calmement à la mi-journée, escortés par la police.