GENÈVE, 22 mai 2008 (AFP). Le Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation Olivier de Schutter a demandé jeudi devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU le gel des investissements et des subventions en faveur de la production de biocarburants.
Une telle décision enverrait « un signal fort » aux marchés et freinerait la spéculation sur les denrées alimentaires, a fait valoir M. de Schutter devant le Conseil, réuni en session extraordinaire à Genève pour traiter des conséquences sur les droits de l’homme de la crise alimentaire mondiale.
M. de Schutter a succédé au début du mois au précédent rapporteur sur le droit à l’alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qui avait qualifié la politique en faveur des biocarburants de « crime contre l’humanité ».
Le nouveau rapporteur a lui aussi estimé que les biocarburants étaient « un facteur de poids » contribuant à la hausse des prix des aliments en occupant des terres arables qui pourraient être consacrées à des cultures vivrières.
Cent millions d’hectares seraient nécessaires pour produire 5% des carburants en 2015, et cela « est tout simplement insupportable », a déclaré M. de Schutter.
Il a qualifié d' »irréalistes » les objectif des Etats-Unis de 36 milliards de gallons (136 milliards de litres) de bio-carburants pour 2022, et de l’Union européenne de 10% de bio-carburants pour les transports en 2020.
« En abandonnant (ces objectifs), nous enverrions un signal fort aux marchés que le prix des récoltes de denrées alimentaires ne va pas monter indéfiniment, décourageant ainsi la spéculation », a-t-il dit.
Les Etats-Unis et l’Union européenne ont décidé de favoriser la production de « carburants verts en faisant valoir qu’ils sont moins polluants que les énergies fossiles. En outre l’envolée des prix du pétrole les rend plus attractifs.
Les biocarburants, produits à partir de cultures alimentaires (blé, soja, maïs, etc.) sont accusés de détourner des productions de leur finalité première, nourrir les humains et les animaux, et d’accélérer la déforestation.
Devant le Conseil, la Commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme Louise Arbour a dénoncé « la convergence perverse de plusieurs facteurs » à l’origine de la crise alimentaire mondiales.
Elle a notamment critiqué « les distorsions dans l’offre et la demande, les pratiques commerciales discriminatoires et les politiques biaisées incluant des stimulants et des subventions ». « Une incapacité à réagir d’une manière globale pourait provoquer un effet domino sur les droits à la santé et à l’éducation », a averti Mme Arbour.
« La crise alimentaire n’est pas une catastrophe naturelle, elle a des causes politiques », a souligné le Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation.
Le Rapporteur de l’ONU a également préconisé « la création de réserves de céréales, en coordination entre pays au niveau régional ou mondial » qui serviraient à lutter contre les mouvements spéculatifs.
Par ailleurs, les aides alimentaires d’urgence apportées aux populations affamées « ne doivent pas perturber la production locale et ne doivent pas déboucher sur une dépendance à long terme », a prévenu M. de Schutter.
C’est pourquoi le Programme alimentaire mondial (PAM) doit « chaque fois que c’est possible acheter les denrées destinées à l’aide sur les marchés locaux ou dans les régions voisines afin de fournir de la nourriture aux couches les plus vulnérables des populations », a-t-il recommandé.














