Biocarburants : un moratoire ?

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Décidément, nous n'en finirons plus de nous remettre en question. Après l'enthousiasme des premiers mois, la réalité, dure, frappe à nos portes. Non, décidément, il n'y aura pas de solution à notre consommation effrenée d'énergie. Les biocarburants, qui suscitent encore de nombreux espoirs chez les gros investisseurs plein de sous et états affamés, montrent déjà de dangereux signes d'une capacité fulgurante à épuiser non seulement les resources naturelles mais aussi les populations. C'est le sujet du moment, la patate chaude qui fait peur. N'en déplaise aux 'progressistes' qui portent toute leur confiance dans les sciences et technologies, le recours aux biocarburants, autrefois source d'espoirs, est en réalité un danger imminent.

Nous avions déjà relayé le cri de l'association Kokopelli : La tragédie des nécro-carburants (27 mars) s'inspire des évenements récents au Mexique, où sous la pression des prix des denrées agricoles la population a subi une augmentation vertigineuse du prix de la tortilla, denrée alimentaire de base dont le maïs est la matière première.

Monoculture

Dans tous les pays du monde, la conversion rapide de l'agriculture à la production de biocarburants pose de graves problèmes. Sylvie Cardona, de l'association AVES France, l'explique : "La production à grande échelle de biocarburants pour l’exportation exige de grandes plantations d’arbres, de canne à sucre, de maïs, de palmier à huile, de soja et d’autres produits en régime de monoculture". De plus, le bilan énergétique (rapport énergie investie / énergie fournie) ne semble pas formidable : en théorie, la combustion d'huiles végétales permet d'économiser des émissions de CO2, par rapport à la combustion de pétrole. En effet, le CO2 dégagé par les huiles végétales est équivalent à celui absorbé lors de la croissance du végétal. Mais ce calcul ne tient pas compte de l'utilisation des engrais, machines, pesticides et autres accolytes de l'agriculture intensive. George Monbiot, journaliste au Guardian de Londres, n'a pas l'habitude de mâcher ses mots : "Un choix mortel [...] l'équation parfaite d'un désastre humain et environnemental [...] Nous savons déjà que le biofuel est pire que le pétrole pour la planète [...] rouler à l'huile de palme cause 10 fois génère 10 fois plus d'émission que rouler au diesel fossile". Bien sur George Monbiot n'invente rien, tous ses arguments sont chiffrés et annotés de références sérieuses.

Biocarburants, Plus dangeureux que les OGM ?

Et Monbiot conclut : "Il nous faut un moratoire sur tous les plans d'utilisation de biocarburants [...] Ce qui nécéssite une grande mobilisation, à l'image de ce qui fut fait pour les OGM et aboutit au moratoire de 5 ans sur les essais en Grande Bretagne. C'était important". Pour les biocarburants, prévoit-il, c'est encore plus important : la dévastation sera immédiate. C'est pourquoi il souhaite une mobilisation massive CONTRE LES BIO CARBURANTS : certes, il faudra se battre contre les industriels qui investissent en masse, contre les agriculteurs qui s'y mettent, bref, on n'est pas sorti de l'auberge.

Réduire, toujours réduire.

Civilisation à la dérive ? Quand donc la consommation effrénée d'énergie, destructrice, se calmera -t-elle ? Il n'y a, à l'heure actuelle, aucune solution de remplacement au pétrole. D'urgence -faut-il le répeter- il nous faut réduire la voilure.

16 thoughts on “Biocarburants : un moratoire ?”

  1. mais c'est quoi la meilleur option qu'on a pour le moment? la voiture elctrique? Mais quand on la charge avec l'electricité edf, on a toujours pas un energie renouvelable, et si on la charge avec panneau solaires à la maison, on n'a pas assez d'energie...woah, c'est difficile!!

  2. Par un simple changement alimentaire vers le végétarisme, on pourrait libérer environ 50% de la totalité des surfaces agricoles dans le monde (source: le rapport "Livestock's long shadow de l'ONU, http://www.virtualcentre.org/en/library/key_pub/longshad/A0701E00.pdf).
    Ces terres pourraient être utilisées pour produire des biocarburants sans empirer l'état de l'environnement.

    Mais il est essentiel de diminuer notre consommation effrenée d'energie, que ce soit avec le transport, la nourriture, les appareils ménagers etc.

  3. en devenant végétarien, c'est sur qu'on aurait plus de champs, mais... on va demander aux vaches et cochons de se pousser pour qu'on ait de l'essence verte?
    Non, réduisons nos parcours en auto. Parce que pour moi, rien ne doit remplacer l'essence sinon on continuera de tout bétonner comme des sauvages pour y foutre plus de bagnoles, propres peut-être mais inutiles pour 1 trajet sur 3. Vu qu'un trajet sur 3 fait moins de 3 kms ou quelque chose dans le genre.
    Et puis, si on a un remplaçant de l'essence, alors on continuera à polluer la planète pour construire des véhicules trop puissants, trop rapides pour nourrir nos égos d'abrutis.
    NON aux agricarburants.

  4. Les vaches et les cochons sont élevés de facon intensive, et se reproduisent beaucoup plus qu'ils ne le feraient naturellement. Si on cessait de les élever, leur nombre diminuerait rapidement en quelques années.

    Réduire l'utilisation de l'auto est essentiel, mais pas suffisant. La consommation de viande est le plus grand pollueur de la planète, et emet plus de gaz à effet de serre que les transports.

    Il me semble plus efficace et écologique d'utiliser les champs cultivés pour faire des biocarburants (ce qui ne signifie pas une augmentation des transports, mais un remplacement d'une partie de l'essence) que pour nourrir des vaches et des cochons, qui, en plus de vivre une vie misérable dans le seul but de finir dans nos assiètes (en nous donnant des problêmes de santé en passant), polluent nos nappes phréatiques avec leur purin et émettent une grande quantité de méthane, gaz à effet de serre très puissant.

  5. Réduisons nos apports de viande, OK mais non aux agricarburants.
    Parce que, cela sera une nouvelle forme de croissance, tout le monde voudra changer sa voiture. Et en avant le gaspillage, les nouveaux modèles, les breaks inutiles au tournesol ou les monospaces gadgets au soja. Notre civilisation n'est pas basée que sur le pétrole, mais aussi sur l'auto. Otez le pétrole et un abruti en voiture, même à base de soja, reste un abruti égoîste derrière un volant.
    Libérons les routes. Ni pétrole, ni soja, ni tournesol!!
    C'est radical, j'en conviens. Mais Ford fait déjà la promo de l'éthanol dans les grands messes du dévellopement durable et que cela change t-il à notre civilisation? Rien. Remplacer n'est pas la solution. Réduire est la seule.
    Les agricarburants ne remettent pas en cause notre addiction à l'auto.

  6. Notre société ne se passera jamais complêtement de la voiture. On peut en réduire l'utilisation tout au plus, mais pas la supprimer. Ce ne sont pas que les "abrutis" qui sont en voiture, et même si beaucoup de trajets pourraient s'effectuer à pied ou à vélo, il reste beaucoup de trajets qui ne peuvent s'effectuer qu'en voiture. C'est surtout le cas en dehors des grandes villes, où les gens peuvent avoir beaucoup de kilometres au travail, et où les transports en commun manquent ou sont trop lents.

    Même en réduisant l'utilisation, on aura toujours des émissions. L'avantage des biocarburants, c'est que les émissions de CO2 sont bien moindres qu'avec le pétrole, ce qui donne moins d'effet de serre. Après, il faut en convenir que les biocarburants ne sont pas sans problême, mais certains son meilleurs que d'autres (les pires sont probablement ceux faits à base d'huile de palme, tandis que le bioéthanol à base de betteraves à sucre demande beaucoup moins d'espace et peut être cultivé et fabriqué dans nos zones tempérées).

    Ce que je trouve un peu trop simpliste dans ce débat, c'est que soit on ne voit que les effets positifs, soit que les effets négatifs des biocarburants. Il y a différents types de biocarburants avec des impacts environnementaux différents et des balances énergétiques différentes.

    En outre, nouveaux carburants ne signifie pas automatiquement nouvelles voitures. Pour le biodiesel il suffit d'un petit changement dans le moteur, donc pas besoin d'acheter une nouvelle voiture. Mais il ne faut pourtant pas oublier que le fait de changer de voiture est souvent bénéfique pour l'environnement, quelque soit le carburant utilisé. Plus la voiture est ancienne, plus elle pollue, plus elle émet de CO2, plus elle gaspille d'énergie.

    Non, les biocarburants ne remettent pas en cause notre addiction à l'auto, je suis tout à fait d'acccord. Pourquoi? Parce que les biocarburants et l'utilisation de la voiture sont deux choses bien différentes! Les biocarburants seuls ne feront ni augmenter, ni diminuer l'utilisation de la voiture.

    Ce qui fera diminuer l'utilisation de la voiture, ce sont des transports en commun efficaces et peu chers, une taxe plus élevée sur les carburants (qu'ils soient fossiles ou bio), et de meilleures conditions pour les piétons et surtout les cyclistes (en France les pistes cyclables sont trop étroites, pas assez séparées de la voie des voitures et surtout, trop rares; sur ce point on devrait prendre l'exemple du Danemark, où toutes les rues à grand traffic, et beaucoup d'autres, sont longées de pistes cyclables larges et réhaussées par rapport à la voie automobile).

  7. Alors, si on n'abolit pas dans nos t^tes l'idée certes encore utopique de mettre fin à la voiture, on ne changera pas ce monde basé sur "je veux vivre à la campagne et j'ai besoin de ma caisse", "touche pas à ma liberté de circuler", "t'habites près d'une autoroute, c'est bruyant? va vivre ailleurs", "sans les voitures, on pourrait pas aller au supermarché", "je en peux pas bouffer bio, tu te rends pas compte l'argent que coute ma bognole neuve", "fais pas chier, le monde est assez bien comme çà", "rouler vite, c'est ma passion", "mon faux 4x4, c'est mon droit"... Je te laisse trouver les exemples de ta vie personnelle.
    Beaucoup attendent les "bio"carburants justement parce que ça leur donnera une excuse pour ne rien changer à leur vie.

  8. Oupps, j'oubliais... Dans le dernier BioContact, on parle des agricarburants et on explique que c'est la porte encore plus ouverte à l'agriculture intensive, engrais, pesticides de synthèse et OGM, parce que sans ça, jamais les industriels de l'agro-alimentaire n'arriveront à répondre à la demande. Vive le futur des agricarburants.

  9. Hélene croit que l'on ne pourra jamais se passer de sa voiture. Cependant le jour ou le pétrole sera si cher que je ne pourrai en mettre dans mon réservoir et bien je ne serai pas le seul. Le fait de changer de voiture n'est pas bénéfique pour l'environnement. Si ce genre de réflexion était exact, j'aurai changé mon frigo, mon four et mon seche linge.

  10. Des exemples de ma vie personelle Alain? En voici: Je n'ai pas de voiture, je vis dans une grande ville, me déplace uniquement à vélo, à pied, et s'il fait très mauvais en train et en métro. Cela ne m'empêche cependant pas de me mettre dans la peau des gens qui ne peuvent se passer de leur voiture. Non, tout le monde n'a pas les moyens d'habiter dans une grande ville où les loyers sont très chers, tout le monde ne peut pas quitter sont travail et sa famille pour aller vivre à proximité de transports en commun efficaces. Et non, tous ceux qui ont une voiture ne sont pas des abrutis égoïstes du volant fous de 4x4 comme Alain les dépeind de facon si "nuancée". Mais nous sommes apparement bien d'accord, l'idée d'une société sans voiture est utopique.

    Pour ce qui est des problêmes liés à l'agriculture intensive, ogms, engrais etc..., ces problêmes sont bien plus généraux que les biocarburants, ils touchent en effet tout le secteur agricole. On en débat, ce qui est positif, mais le fait d'interdir un produit agricole parce que l'agriculture en général est touché par ces problêmes n'est pas une solution. Si l'on veut interdir les biocarburants à cause des engrais, des pesticides etc, il faudrait interdir la plus grande partie des autres produits agricoles, ceux qui ne sont pas biologiques (cela toucherait surtout les viandes, qui pour la grande majorité proviennent d'animaux nourris aux ogms).

    Enfin, pour Monom, le jour où le pétrole sera trop cher les gens achèteront de l'huile de tournesol. Ca a déjà commencé, j'en connais même qui le font. Ce qui fera biensur augmenter le cout de l'huile, mais tant que ce sera moins cher d'avoir une voiture (comparé à prendre les transports en commun, déménager etc...), les gens ne cesseront pas de conduire.

    Enfin, il est faux que "Le fait de changer de voiture ne soit pas bénéfique pour l’environnement". En effet, Monom, vous auriez dû changer votre vieux frigo, four, etc... Je cite: "aujourd'hui les réfrigérateurs et les congélateurs consomment en moyenne 60 p. 100 moins d'énergie que les modèles fabriqués en 1984. Pour leur part, les lave-vaisselle en utilisent 50 p. 100 moins." Source: http://oee.nrcan.gc.ca/Publications/infosource/Pub/electromenagers/eg-environnement.cfm?attr=4
    Il en est biensûr de même pour d'autres machines, y compris les voitures: "avec une voiture de plus de 4 ou 5 ans, on consomme plus, on pollue davantage et on émet plus de CO2." (http://www.ademe.fr/particuliers/Fiches/voiture/rub3.htm)

    Pour conclure, je suis tout à fait d'accord qu'une réduction des transports (et de notre consommation d'énergie en général) soient essentielle, quelque soit le carburant utilisé. Nous ne pourrons cependant pas réduire notre consommation d'énergie à zéro (en tout cas pas dans un futur proche), et si les énergies renouvelables telles que vent, soleil, vague etc ne peuvent nous fournir assez d'électricité, il faudra complémenter avec le nucléaire, les énergies fossiles et les biocarburants. Aucun n'est parfait, mais les biocarburants, s'ils sont produits de facon durable (et ils ne le sont pas tous), me semble être la moins pire des solutions.

  11. Tu démontres qu'on peut vivre sans voiture. Pour beaucoup, la voiture c'est la paresse, et pour les politiques, ça leur permet de ne rien faire sinon des routes puisqu'ils sont aussi paresseux que les gens sur ce côté là.
    Je n'ai pas parlé d'utopie en soi: j'ai dit que pour le moment c'est utopique, mais il faut que l'utopie devienne réelle (en faisant la vélorution par exemple).
    Il ne faut pas bannir les animaux nourris aux OGM, il faut bannir pesticides, OGM, et engrais pour revenir à une agriculture BIO qui ne sera donc plus intensive et qui ne saura fournir l'énergie verte nécessaire à nos paresses automobiles.
    CQFD: l'utopie devient réelle en refusant OGM, engrais et pesticides.
    J'espère que tu conçois que se passer d'OGM, d'engrais et de pesticides est un but pour arriver à rendre réelle l'utopie et à freiner les cancers qui rongent nos sociétés.

  12. Je démontre seulement qu'on peut vivre sans voiture dans une grande ville. Pour beaucoup qui vivent dans de petites villes et qui ont plusieurs dizaines de kilometres au boulot, je doute que ce soit si facile. Je doute donc que ce soit par simple paresse que tous prennent la voiture.

    Je suis généralement pour le bio (je n'achête d'ailleurs pratiquement que ca). Une agriculture bio est généralement plus chère, mais pourquoi ne pourrait-elle pas fournir les biocarburants (qui aurait biensûr un cout plus élevé)? Encore une fois, la grande majorité de ce que nous cultivons sert à nourrir des animaux, que ce soit bio ou non. On pourrait aussi bien utilisé ces récoltes pour fabriquer une énergie dont nous avons beaucoup de mal à nous passer (et non ce n'est pas seulement de la paresse; même ces chers transports en commun consomment des carburants, ainsi que les ambulances), plutôt que de les transformer en viande (environ 10%) et en purin (90%; quel gachis!).

    Pour finir, j'espère que tu te rends compte que même en interdisant les OGMs en Europe, nous en consommant toujours d'énorme quantité à travers la viande. Il n'est en effet pas interdir de nourrir le bétail avec des OGMs cultivés en Amérique. En ce qui est de notre taux de cancer élevé, je concois que les engrais, perticides et peut-être OGM (bien que je sois moins sûre de leur effet sur la santé) y jouent un rôle. Mais ce rôle est petit comparé au mode de vie: tabac, alcool, manque d'exercice, trop de viande et de produits laitiers, pas assez de fruits et légumes, stress etc... sont des facteurs plus importants.

    Je commence à me poser des questions sur ton utopie. Faudra-t'il vivre comme au Moyen-Âge, sans possibilité de se déplacer plus de quelques kilomêtres? Car même les transports en commun (ainsi que les ambulances) consomment de l'énergie.

  13. Hèléne, quand on parle d'interdire les OGM, on pense aussi à les interdire pour l'alimentation animale. C'est la base de tout groupe anti-OGM, des campagnes de Greenpeace, et szq

  14. Biensûr, et c'est aussi ce qu'il faut. Mais les gens (et les lois) ont tendance à oublier que les OGM, bien qu'interdits pour la majorité en UE, se trouvent de facon indirecte dans les produits animaux. Je cite Greenpeace: "La nouvelle réglementation ne s'applique pas aux produits animaux ou provenant d'animaux nourris avec des OGM, c'est à dire, la viande, le lait, les œufs, le beurre, la crème... mais aussi les biscuits, les plats préparés ou encore les aliments pour bébé dans lesquels les produits animaux ou issus d'animaux peuvent être utilisés en tant qu'ingrédients. Cette lacune du règlement est très grave, car 80% de la totalité des OGM entrent dans la chaîne alimentaire par le biais de l'alimentation animale. Les OGM s'introduisent donc dans la chaîne alimentaire à l'insu du consommateur, qui n'a aucun moyen de savoir si le produit qu'il achète provient d'animaux nourris aux OGM, ce qui constitue un véritable déni du droit à l'information. "
    http://www.greenpeace.org/france/campaigns/ogm/ogm-et-alimentation

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