TOKYO, 10 juin 2008 (AFP). Le « plan climat » du Premier ministre japonais Yasuo Fukuda pour lutter contre l’effet de serre a été critiqué mardi par le patronat de la sidérurgie, qui craint pour sa compétitivité, mais aussi par des écologistes déplorant l’absence d’engagement à moyen terme.
M. Fukuda a annoncé lundi que le Japon visait une réduction de 60 à 80% de ses émissions de dioxyde de carbone (CO2) d’ici 2050 pour lutter contre le réchauffement climatique et la mise en place d’un « marché au carbone » pour inciter les entreprises à adopter des technologies propres.
Le Japon organise du 7 au 9 juillet le sommet des pays industrialisés du G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada, Russie) sur l’île de Hokkaido (nord) et veut apparaître comme moteur dans la lutte contre le changement climatique.
Mais le président du plus grand groupe sidérurgique japonais Nippon Steel, Shoji Muneoka, s’est inquiété dans un communiqué des « pertes de compétitivité » entraînées, selon lui, par la mise en place de plafonds d’émissions plus sévères.
Opposé depuis longtemps à tout durcissement de la législation, M. Muneoka est aussi le patron de la fédération de la sidérurgie japonaise.
Selon lui, l’abaissement du plafond autorisé d’émissions de CO2 poussera les industries japonaises « à délocaliser leurs usines dans les pays en développement, ce qui conduira à une augmentation des émissions sur le plan mondial, à l’inverse du but recherché ».
Le patronat japonais dans son ensemble s’est en revanche montré plus prudent.
« Nous espérons que les discussions à venir tiendront compte des opinions des entreprises », a simplement déclaré Fujio Mitarai, le président du Keidanren, dans un communiqué.
La « bourse carbone » annoncée par M. Fukuda, à titre expérimental à partir de cet automne, est déjà en place dans l’Union européenne (UE). Dans ce système, une entreprise qui émet plus de CO2 qu’autorisé est obligée d’acheter un droit d’émission à une entreprise « propre » restée en deçà du plafond.
A l’inverse du patronat, des écologistes ont reproché au Premier ministre de ne pas aller assez loin en ne donnant pas d’objectif chiffré à moyen terme.
« Le plan de M. Fukuda est loin de donner le +la+ pouvant conduire à la réussite du sommet du G8 », a déploré Yurika Ayukawa, vice-présidente d’un collectif d’ONG qui sera présent à Hokkaido.
Mme Ayukawa a jugé « formidable » l’objectif à long terme de 60 à 80% de réduction d’émissions. « Mais sans objectif clair à moyen terme, comment pourrons-nous atteindre l’objectif à long terme ? », a-t-elle déclaré à l’AFP.
Lors de son annonce lundi, M. Fukuda a noté que le Japon pourrait réduire de 14% ses émissions entre 2005 et 2020, sans rien promettre.
L’UE s’est déjà engagée à réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre, dont le CO2, d’ici 2020 et presse le Japon et les Etats-Unis d’adopter le même type d’objectif.
Mais pour Tokyo et Washington, un cap à moyen terme ne pourra être fixé que dans le cadre multilatéral des négociations ouvertes, sous égide de l’ONU, pour trouver un successeur au protocole de Kyoto qui arrive à échéance en 2012.














