4 juin 2008

DAKAR, 4 juin 2008 (AFP). Le Sahel constitue la « ligne de front de l’humanité dans la lutte contre le changement climatique » et les pays industrialisés ont un devoir moral d’aider cette région déshéritée à y faire face, a indiqué mercredi à l’AFP un conseiller spécial de l’ONU Jan Egeland.

« Il y a une responsabilité morale des pays industrialisés, qui ont causé le changement climatique, à aider les pays du Sahel, qui n’ont rien fait pour le provoquer », a déclaré par téléphone le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU.

« Cette partie du Sahel est vraiment la ligne de front de l’humanité dans la lutte contre le changement climatique », a-t-il ajouté, interrogé depuis Dakar.

M. Egeland était mercredi à Tombouctou, dans le nord du Mali, dans le cadre d’une tournée de trois pays du Sahel, entamée lundi au Burkina-Faso et qui doit se conclure vendredi au Niger. Ces trois pays comptent parmi les plus pauvres du monde.

« Nous devons aider ceux qui se battent dès à présent pour leur survie », a-t-il insisté tout en déplorant que « ceux qui ont causé le changement climatique ne soient pas disposés à aider ceux qui doivent y faire face ».

Si en Europe les gens craignent de ne plus pouvoir skier dans quelques années en raison du manque de neige, le réchauffement du climat « signifie ici que le fleuve Niger a un niveau plus faible et que ce qui était auparavant un lac est maintenant complètement sec », a-t-il dit.

« L’image que je garderai de ce voyage, c’est lorsque j’étais au milieu des dunes, avec une température de 40 degrés, en sachant qu’avant il y avait de la vie en raison d’une mer intérieure, d’un grand lac », a précisé M. Egeland en référence au lac de Faguibine, près de Tombouctou.

« J’ai rencontré un notable touareg qui m’a dit aujourd’hui: +je suis orphelin de ce lac mort qui nous a donné des poissons et des pâturages pendant si longtemps », a-t-il ajouté.

En plus des effets du changement climatique, le Sahel doit faire face à la hausse du prix des denrées de base. « La crise alimentaire ajoute encore à la tension et à la colère », a admis le responsable de l’ONU.

« Le Sahel est un cocktail explosif de prolifération d’armes légères, de contrebande, de trafic de drogue et d’être humains » qui peut engendrer « plus de violence et davantage de conflits », a-t-il averti. Le nord du Niger et du Mali sont en proie à des rébellions touareg.

« Les nomades sont en colère, ils se sentent marginalisés. Il y a des trafiquants de drogue qui peuvent leur donner des armes. Nous devons les aider à survivre et à coopérer », a-t-il conclu.