9 avril 2008

BRUXELLES, 9 avr 2008 (AFP). La Commission européenne et la Banque mondiale réfléchissent à la mise en place d’un système qui permettrait d’aider les pays pauvres à financer la lutte contre le réchauffement climatique en utilisant l’argent généré par le marché du carbone en Europe.

Dans une communication sur l’aide au développement publiée mercredi, la Commission insiste sur le fait que “le monde vit dans un paradoxe effrayant où les pays les plus pauvres, les plus vulnérables, ne sont pas responsables des effets dévastateurs du changement climatique, mais en sont les plus affectés”.

“La communauté internationale a des responsabilités particulières pour aider ces Etats à s’engager vers une croissance plus économe en gaz à effet de serre et à s’adapter au changement climatique”, a continué Bruxelles.

Mais la Commission est “convaincue que le financement des politiques climatiques dans les pays partenaires ne peut se faire uniquement par l’aide publique au développement”.

D’autant plus que les Etats membres, contrairement à leurs engagements, ont diminué en 2007 leur aide publique au développement, qui n’a atteint que 0,38% du PIB, soit 46,1 milliards d’euros. Elle représentait 0,41% du PIB en 2006, soit 47,7 milliards d’euros.

Bruxelles étudie donc, “en consultation avec la Banque mondiale, l’idée d’un emprunt mondial qui pourrait utiliser des ressources liées au futur marché du carbone par la vente aux enchères des droits d’émission”.

Actuellement, il existe en Europe un système qui permet aux entreprises d’échanger des droits d’émissions de CO2- autrement dit des “permis de polluer”.

La Commission a proposé dans son paquet de mesures présentées en janvier pour lutter contre le réchauffement climatique que ces “permis de polluer” deviennent payants en 2013 pour encourager les entreprises à réduire leurs émissions. Ce qui devrait générer des ressources très importantes, estimées à 40 milliards d’euros par an.

La Banque mondiale a estimé que la création de cet “emprunt vert” était faisable, a indiqué à l’AFP Haleh Bridi, responsable de la Banque mondiale à Bruxelles.

“C’est une façon de lever des fonds de manière massive pour avoir un véritable impact très rapidement”, a-t-elle ajouté. La Banque a travaillé sur un “montant idéal” de 500 millions à 1 milliard de dollars par an sur cinq ans, a-t-elle précisé.

Toujours concernant le changement climatique, la Commission européenne a souligné mercredi la nécessité d’une meilleure “cohérence” des politiques européennes, notamment en matière de biocarburants.

L’UE a décidé en 2007 que les biocarburants devraient représenter au moins 10% de la consommation totale d’essence et de gazole dans les transports d’ici 2020.

Mais de nombreuses voix s’élèvent contre cet objectif. Le recours aux céréales pour produire des carburants est soupçonné par ses détracteurs de contribuer notamment à la hausse des prix alimentaires mondiaux.

“L’UE doit aider les pays en développement à tirer partie des opportunités offertes par le marché des biocarburants”, a noté mercredi la Commission.

Mais elle doit également “maintenir une surveillance attentive des impacts que cette politique peut avoir, notamment en matière de production alimentaire, d’utilisation de la terre et de l’environnement”, a-t-elle ajouté.