foyer-cuisson-CO2.jpgCe vendredi marquera un moment essentiel pour l'avenir de la "civilisation fossile". C'est à Paris, au siège de l'Unesco, que se sont réunis depuis hier une brochette de 500 experts sur le climat. Ils dévoileront, en cette fin de semaine hivernale, les conclusions officielles du dernier rapport consensuel sur l'évaluation scientifique du changement climatique. On en connait déjà les grandes lignes : l'alarme ne se calme pas, au contraire. La fourchette d'évaluation de l'augmentation moyenne des températures à la surface du globe s'est rétrécie, précisée, et ne laisse place à aucun doute sur la réalité des catastrophes à venir. Le quotidien La Tribune a publié, cette semaine, une version de travail (final draft) du rapport à paraître ce vendredi. La réalité du réchauffement est établie, ainsi que son origine humaine, ce qui ne faisait aucun doute depuis de nombreuses années, ce que contestent toujours de puissants lobbies, financés notamment par la multinationale Exxon, leader sur le marché des énergies fossiles... Extraits Choisis...

Un constat universel

"Les concentrations atmosphériques actuelles de dioxyde de Carbonne et de méthane excèdent de loin les valeurs préindustrielles déterminées par carottage glacier couvrant une période de 650.000 ans. Les augmentations de gaz à effet de serre depuis 1750 sont principalement dues aux émissions provenant de l'usage des carburants fossiles, l'agriculture et les changements d'usage des terres (...). Le dioxyde de carbone est le plus important gaz à effet de serre anthropique. Sa concentration dans l'atmosphère a augmenté d'une valeur préindustrielle de 280 ppm (parties par million) à 379 ppm en 2005. (...).

"Onze des douze dernières années sont classées parmi les douze plus chaudes dans le registre des températures à la surface du globe (depuis 1850). (...) La tendance moyenne au réchauffement sur les cinquante dernières années (...) est près du double de celle sur les 100 dernières années. (...).

Les nouvelles analyses des ballons de sonde et les mesures par satellites des températures troposphérique (inférieure et intermédiaire) montrent des taux de réchauffement similaires à ceux observés à la surface de la terre et compatibles dans leurs incertitudes respectives, réconciliant largement une divergence qui avait été relevée dans le troisième rapport".

"La teneur moyenne en vapeurs d'eau de l'atmosphère a augmenté depuis au moins les années 1980 au dessus des terres et des océans tout comme dans la troposphère supérieure. L'augmentation est largement compatible avec l'eau supplémentaire que l'air chaud peut contenir".

"Les observations montrent que la température moyenne de l'océan dans le monde a augmenté à des profondeurs d'au moins 3000 mètres et que l'océan est en train d'absorber l'essentiel de la chaleur accumulé par le système climatique. Un tel réchauffement provoque une dilatation de l'eau et est considéré comme ayant contribué de 0,42 mm [0,30 à 0,54] l'an à la montée du niveau de la mer entre 1961 et 2003 et 1,6 mm [1,1 à 2,1] de 1993 à 2003".

Les glaciers montagneux et la couverture neigeuse ont diminué en moyenne dans les deux hémisphères. Les diminutions des glaciers et couvertures glaciaires ont contribué à la montée des mers de 0,50 [0,32 à 0,68] mm par an de 1961 à 2003 et 0,77 [0,55 à 0,99] mm par an de 1993 à 2003."

"Le niveau moyen des mers dans le monde est monté en moyenne de 1,8 [1,3 à 2,3] mm par an entre 1961 à 2003. Le rythme était plus rapide entre 1993 et 2003, environ 3,1 [2,4 à 3,8] mm l'an, mais la mesure des marées montre des rythmes similaires à d'autres périodes depuis 1950. (...). Il y a un niveau de confiance élevée dans le fait que le rythme observé de la montée des mers s'est accru entre le 19° siècle et le 20° siècle, et la montée totale durant le 20° siècle est estimée à 0,17 mètre [0,12 à 0,22]."

"De nombreux changements dans le climat ont été observés à l'échelle des continents ou des bassins océaniques. Ils incluent les systèmes des vents, les précipitations, la salinité océanique, la glace maritime, les couvertures glaciaires, et des aspects du climat extrême".

"Les températures moyennes de l'Arctique ont augmenté près de deux fois plus vite que la moyenne sur les 100 dernières années. (...). Une période de chaleur a également été observée de 1925 à 1945, mais semble avoir eu une répartition spatiale différente du récent réchauffement".

"Les températures au sommet de la couche de permafrost ont augmenté de plus de 3°C depuis les années 1980. La surface maximum couverte par la glace saisonnière a diminué d'environ 7% dans l'hémisphère nord depuis 1900".

"Les tendances de long terme du volume des précipitations entre 1900 et 2005 ont été observées dans beaucoup de régions. Des précipitations significativement accrues ont été observées dans les parties est de l'Amérique du nord et du sud, du nord de l'Europe et en Asie centrale. Un assèchement a été observé au Sahel, en méditerranée, dans le sud de l'Afrique et le sud de l'Asie. Les précipitations ont hautement variables dans l'espace et le temps, et dans d'autres régions de solides tendances de long terme n'ont pas été observées."

"Des sécheresses plus intenses et longues ont été observées dans des régions plus amples depuis les années 1970, particulièrement dans les régions tropicales et sub-tropicales. L'augmentation des sécheresses dues à l'élévation des températures et la diminution des précipitations ont contribué à ces changements. Les changements des températures à la surface de la mer, les modes de circulation atmosphérique, et la diminution de la couverture neigeuse sont également liées aux sécheresses ".

Des Fours à Haut Rendement pour l'Afrique
L'anecdote, la bonne nouvelle, c'est l'exemple : la compensation carbone de cette conférence, organisée par l'entreprise privée Climat Mundi, montre la pertinence de systèmes d'échanges comme le protocole de Kyoto, qui vise à comptabiliser les économies de certains, disposant alors d'un capital négociable pour compenser les excès des autres, qui deviennent alors  redevables. Cette conférence, qui a drainé, à cause des transports aériens provoqués par la réunion de ces 500 têtes voyageuses, plusieurs milliers de tonnes de CO2, a donné lieu à de nombreuses initiatives.

L'une des solutions mises en oeuvre pour assurer la neutralité de l'évènement en terme d'émissions de CO2 a consisté, dans les régions pauvres d'Erythrée, à remplacer d'antiques fours en foyers à haut rendement, ce qui permet à ses utilisateurs d'économiser 50% de bois de cuisson : les écosystèmes locaux sont soulagés, les émissions dues à la combustion réduites.