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Vautours, Photo Philippe Busser pour LPO

Cemex, entreprise multinationale d'origine Mexicaine, est aujourd'hui l'un des plus gros producteurs de ciment de la planète : Numéro 1 mondial du béton prêt à l'emploi et numéro 3 du ciment, CEMEX est présent dans plus de 50 pays et emploie 67 000 personnes. L'entreprise, fortement bénéficiaire, célèbre ces jours - ci 5 ans de partenariat avec la LPO. Partenariat, ou plutôt comme aime le préciser la communication officielle de l'entreprise, mécénat environnemental : CEMEX soutient 14 programmes de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), détaillés dans un volumineux ouvrage téléchargeable gratuitement sur CEMEX.FR. Un bel exemple de la schizophrénie aigue d'une civilisation morbide et destructrice, avide de bonne conscience.

Suivi des Grues cendrées migratrices, recensement de l'Outarde canepetière en Provence et Languedoc, Protection des Guêpiers d’Europe dans le sud de la France, Programme en faveur du retour du Faucon pèlerin en milieu anthropique, Programme en faveur des vautours dans les Grands Causses, sauvegarde du balbuzard pêcheur en France continentale, protection des zones humides .. On ne compte plus les initiatives de La Ligue de Protection des Oiseaux auxquelles le mécénat environnemental de la CEMEX a apporté son incontournable secours financier.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la CEMEX n'a pas attendu le rush du grenelle pour se refaire une verdure : les 5 ans d'expérience témoignent que la communication environnementale ne date pas d'hier, et voilà un premier point de défense, d'ailleurs imputable à une bonne dizaines de cimentiers, dont le célèbre Lafarge. dès 2002, emmenés par le World Business Council for Sustainable Development, ONG financée par environ 200 multinationales, les cimentiers s'engagaient à mener des actions en faveur du développement durable.

En choisissant la LPO, CEMEX ne s'est pas adressée à des amateurs ou à des intérêts fumeux. Les programmes financés le sont dans une efficacité remarquablement évaluée par des scientifiques sérieux, comme le précise l'entreprise : "CEMEX soutient 14 projets conduits par la LPO et ses délégations régionales : 8 programmes d’études et de protection des oiseaux, et 6 programmes de réhabilitation des zones humides. Encouragé par le Muséum National d’Histoire Naturelle, le partenariat avec la LPO est fondé surune volonté commune d’étudier et de protéger les habitats naturels ainsi que les espèces qui y sont associées. Il répond à l’un des objectifs fixés dans la politique de développement durable de CEMEX :élargir la responsabilité de l’entreprise face aux enjeux considérables d’érosion de la biodiversité."

Mais en s'exposant ainsi aux projecteurs des fanatiques (?) de l'environnement que nous sommes, CEMEX devait s'attendre à l'indispensable mise en contexte. Après ce dégueuli de louanges, vient la triste réalité : l'industrie du ciment est l'une des plus polluantes de la planète. Certes, des études viennent modérer l'impact climatique de la décarbonatation du calcaire utilisé pour la fabrication du béton : sur le long terme, au séchage, il s'avère que le béton réabsorbe le CO2 craché dans le fours de broyage. Mais c'est justement tout le reste de la chaine de production qui pose problème : carrières, énergie, transport, le choix du béton comme matériau de construction est un triste symptôme d'une frénésie de puissance que seule la pénurie de pétrole pourra enrayer. Rappelons que la production d'une tonne de ciment consomme 60 à 130 kg de pétrole et 110 kWh d'électricité (Source : BatiActu). Rapportée au quelque 1,6 milliards de tonnes de ciments produites en 2000, cette consommation d'énergie fait que l'industrie du ciment génère 5% du CO2 occasionné par les activités humaines. Et en la matière, tous les excès sont permis : certains producteurs n'hésitent pas à adjuvanter leur production de déchets toxiques d'incinérateurs, qui se retrouvent alors mélangés aux sables et autres aggrégats faisant office de structure de bâtiments champignons de nos agglomérations.

Alors, comment réagir à de telles opérations de communication ? Il ne faut pas rêver. Les 67000 employés de CEMEX, les 71000 employés de Lafarge, entre autres professionnels du ciment, auront beau s'enorgueillir des quelques bonnes actions pour les oiseaux qui passent au dessus de la France, les ravages risquent de s'étendre pendant encore quelques décennies. Quelque soit les actions entreprises par les quelques centaines de bénévoles de la LPO, ils ne font pas encore le poids.