eoliennes-cast-nozvat.jpgL'inauguration au Champagne, il y a un an par la société Francaise , du plus gros champ d'éoliennes de France, n'était qu'un début. Partout sur la planète, depuis plusieurs années, la bulle des énergies renouvelables s'est gonflée, autant dans le domaine photovoltaique qu'éolien. Occultant les inconvénients notables (voir ci dessous) de ces installations industrielles d'un nouveau type, les industriels français semblent enfin se convertir, malgré l'omniprésence des faramineux projets de construction et maintenance des installations nucléaires, à la nouvelle religion des énergies renouvelables. Le quotidien Libération annonce aujourd'hui le rachat par le groupe Suez d'une PME parmi les plus en vue du moment, la Compagnie du Vent. Tarif annoncé : 700 millions d'euros offerts par le Groupe pour la main mise sur une équipe de ... 60 salariés seulement et un chiffre d'affaires annuel de 11 millions d'euros !!

Entrepreneurs heureux 

L'heure n'est plus aux bonnes consciences : cet investissement d'un  groupe privé dans les énergies renouvelables témoigne de l'urgence d'une situation trop longtemps ignorée : aujourd'hui on le sait, le pétrole s'embarque vers une course aux sommets qui n'aura plus de limite. Si l'on a pu employer le terme de bulle pour s'étonner des investissements massifs aux USA, et dans toute l'Europe, aujourd'hui enfin la France semble s'être convertie à cette nouvelle 'loi du marché' : «Les bases sont plus solides que lors de la bulle Internet, assure Charles Dugué, président de France Energie Eolienne, qui représente les professionnels de la filière, cité par Libération. On assiste à un phénomène de concentration inéluctable dans un secteur morcelé qui est en plein développement.» Car après des années de condescendance de la part des grands acteurs de l’énergie, l’éolien est devenu séduisant. Comme l’explique un bon connaisseur du secteur, «le changement climatique a rendu sérieux et crédible un mode de production qui ne l’était pas. Un électricien ne peut pas aujourd’hui ne pas avoir une offre d’éolien.» Le pétrole flambe, la taxe carbone se rapproche et l’Europe a fixé un objectif de 20 % de renouvelable en 2020.

«Avec cette acquisition, Suez achète avant tout des projets. Le potentiel de production de la Compagnie du vent pour 2015, c’est l’équivalent d’un EPR», souligne un proche du dossier. Or, si l’éolien peut coûter cher à l’achat, il est ensuite beaucoup moins gourmand. «Une fois que vous avez l’éolienne, il faut juste de la maintenance, mais le vent c’est éternel…, explique-t-on chez Suez. Et c’est rentable à partir du moment où c’est subventionné Les opérateurs sont sûrs de pouvoir vendre leur production à tarif fixe pendant quinze ans. «En achetant aujourd’hui, les entreprises ont une certitude de cash-flow, tant qu’il existe ces tarifs de rachat», décrypte Didier Laurens, analyste à la Société générale.

«Cet emballement, c’est plutôt une bonne nouvelle et c’était presque une évidence car la France est plutôt en retard, pointe Raphaël Claustre, directeur du Comité de liaison énergies renouvelables, réseau d’associations et d’entreprises.

Les usagers mitigés

Souvenez vous de notre enthousiasme à la vue d'un chantier qui se déroulait à quelques kilomètres de chez nous : le plus gros champ d'éoliennes de Bretagne, aujourd'hui en production depuis un an, nous a permis de comprendre quelques problèmes liés au fonctionnement des aérogénérateurs. Le mois dernier, en réponse aux associations de riverains de la commune de Cast, le préfet du Finistère a du imposer l'arrêt nocturne des éoliennes afin de ménager le sommeil des habitants, pertubé par le son et vibrations engendrées par ces mastodontes d'acier. Plus au nord du Finistère, le site de Plouvien (8 éoliennes) a été fermé, lui aussi par décision préfectorale, tant que l'exploitant n'aura pu fournir des mesures précises des nuisances sonores (voir la vidéo du journal télévisé). Plus que jamais on le voit se pose  la question de l'implication des populations locales dans la gestion des projets et de leurs bénéfices : au delà du propriétaire des terrains, de l'exploitant, et des partenaires financiers, les communes doivent elles aussi bénéficier de ces nouveaux revenus. C'est sans aucun doute la seule solution pour envisager de substantiels dédommagements face aux inévitables nuisances qu'engendre, où qu'elle intervienne, la production de l'indispensable électricité qu'impose notre mode de vie.