Sans conservateur : est ce qu’un produit cosmétique peut être formulé sans conservateur ?
Cette mention dans la plupart des cas ne veut pas dire qu’aucun conservateur n’a été utilisé pour formuler le produit. En effet, sauf exception (les poudres, huiles végétales pures -huile jojoba- , corps gras -beurre karité-) un cosmétique a besoin d’un système de conservation.
Un conservateur sert à limiter la prolifération microbienne (bactéries, champignons,..) au sein du produit et ainsi éviter toute contamination de son utilisateur mais aussi le rancissement du produit qui est composé d’eau majoritairement. Selon les conservateurs, leur spectre d’action peut être plus ou moins large, c’est à dire agir sur un nombre plus ou moins important de germes.
Dans cet argument « sans conservateur » Il faut tout simplement comprendre que les ingrédients utilisés comme conservateurs ne sont pas répertoriés dans la liste des conservateurs officiels reconnus et autorisés (liste qui en limite également la concentration - ) mais dans une autre liste, celle des émulsifiants ou des acidifiants par exemple, mais qu’ils ont tout de même la propriété de conserver.
» Voir la liste des substances répertoriées en tant que conservateur
Sans paraben, sans phenoxyethanol, sans PEG: quelle est la fonction de ces ingrédients ? Pourquoi sont-ils controversés ? Par quoi sont-ils remplacés ?
Le phenoxyethanol
Bien que présent à l’état naturel dans le Thé Vert et la Chicorée par exemple, ce conservateur fait aussi partie de la famille des éthers de glycol et sert aussi souvent de solvant pour d’autres conservateurs, en particulier pour les parabens.
Cette substance est un allergène reconnu, à très fort pouvoir allergisant mais est autorisé par la législation pour une concentration maximale en tant que conservateur de 1,0%
Il est également appelé 2-phénoxyéthanol ou Phénoxytol.
Les parabens
» Définition
Les Parabens ou Parabènes (PARAoxyBENzoates) sont utilisés en tant que conservateurs.
Certains d’entre eux sont présents dans la nature (myrtilles, mûres, l’orge, les fraises, le cassis, les pêches..) mais pour les cosmétiques, ils sont fabriqués à partir de l’acide benzoïque et sont souvent dilués dans un solvant : le phénoxyétanol, qui est lui-même un conservateur.
Leur concentration est limitée à 0,4% pour chacun des parabens, le total de tous les parabens d’un même produit ne pouvant dépassé 0,8% du total des ingrédients
» Savoir les reconnaître ! En effet certains fabricants n’utilisent plus le nom très connu du grand public « paraben » et utilisent leur appellation scientifique :
paraoxybenzoate de méthyle = méthylparaben
paraoxybenzoate d’éthyle = ethylparaben
paraoxybenzoate de propyle = propylparaben
paraoxybenzoate d’isopropyle = isopropylparaben
paraoxybenzoate de butyle = butylparaben
paraoxybenzoate d’isobutyle = isobutylparaben
» La polémique autour des parabens
A ce jour, Les parabens sont des conservateurs controversés et la mention « sans paraben » est devenue un argument de vente largement employé par les fabricants.
La polémique a commencé en 2003 suite à une étude britannique qui avait mis en évidence une relation entre paraben et cancer du sein, mais il était apparu que la dose concernée était sans rapport avec celle utilisée dans la conservation
Puis Cette étude a été suivie en 2004 de l’étude Darbre qui a mis le feu au poudre.
Le Dr Dabre, et son équipe de l’Université de Reading (Angleterre) publie dans le Journal of Applied Toxicology, une série de trois articles, en résumé :
1) les ingrédients chimiques utilisés dans les déodorants et qui appliqués quotidiennement aux aisselles auraient un lien avec les cancers du sein
2) elle a retrouvé des parabens, du methylparaben principalement, dans le tissu mammaire
3) elle émet un lien de cause à effet entre la présence des parabens et le développement des cancers du sein. Les chercheurs ont observé 20 tumeurs cancéreuses du sein et ont trouvé des composés chimiques de synthèse de la famille des parabens parmi 18 d’entre elles dont 4 à de hautes concentrations.
Cette étude a été suivie par bon nombre de publications et d’émissions :
• l’emission Envoyé spécial sur France en 03/05
• Mme Figaro « Nos crèmes sont-elles dangereuses » 04/05
• Que choisir « cosmétiques, l’envers du décor » 11/05
• AFP « cosmétiques, un mode pas si enchanté »
• Nouvel Observateur « Comment sauver sa peau»
• Le guide Cosmetox de Green Peace
• Ritas Stiens « la vérité sur les cosmétiques »
• L’émission Envoyé spécial de 2005 avait également contribué à émettre un sérieux doute sur l’innocuité de ces conservateurs. Revoir l’emission c’est par ici
» Que dit l’Afssaps (Agence Française de Sécurité SAnitaire des Produits de Santé) ?
Bilan de l’afssaps 2004
L’Afssaps a mis en place en juin 2004 un groupe d.experts. Celui-ci a revu l’ensemble des données afin d’évaluer le potentiel cancérigène et reprotoxique de cette famille.
Des études in vitro sur des modèles cellulaires ont mis en évidence les propriétés oestrogéniques des parabens qui pourraient expliquer l’augmentation de l’incidence des tumeurs cancéreuses du sein. L’activité endocrinienne des parabens serait d’autant plus grande que la chaîne alkyle est longue (méthyl < éthyl < propyl < butyl < isobutyl).
Le groupe, tout en reconnaissant le potentiel perturbateur endocrinien des Parabens, a jugé que celui-ci n’était pas plus fort que celui des phyto-oestrogènes, et ne pouvait à lui seul être à l’origine de la survenue de cancer du sein. Le groupe a estimé par ailleurs que l’effet perturbateur endocrinien et la survenue de cancer du sein ne pouvaient être analysés que par une réévaluation globale de l’ensemble des perturbateurs endocriniens, en prenant en compte la part d’exposition de la population pour chacun d’entre eux
Bulletin Vigilance juin 2005
Des études récentes ont cependant établi que ces conservateurs pourraient être à l’origine d’une faible perturbation du système endocrinien. (…) En revanche, des effets toxiques du propyl paraben et du butyl paraben sur la reproduction ont été mis en évidence chez le jeune rat. Les études ont été réalisées à des doses susceptibles d’être compatibles avec les expositions humaines et suggèrent un risque potentiel pour la fertilité masculine. Aucun effet n’a été mis en évidence avec le methyl paraben ni avec l’ethyl paraben.
Bulletin Vigilance décembre 2005
Ainsi, au vu de l’ensemble des données disponibles et des conclusions de comités d’experts de la Commission Européenne dans les domaines cosmétique 3 et alimentaire 4, et après expertise de l’ensemble des études actuellement disponibles, la commission de cosmétologie du 29 septembre 2005 s’est prononcée favorablement à la poursuite de l’utilisation, aux conditions prévues par la réglementation actuelle, de 4 des 5 parabens les plus couramment utilisés (méthyléthyl- propyl et butyl parabens). Pour l’isobutylparaben, la commission de cosmétologie s’est montrée favorable à la poursuite de l’utilisation dans les produits cosmétiques de ce conservateur, sous réserve que des études complémentaires soient réalisées permettant de confirmer l’absence de risque, aux conditions d’utilisation dans les produits cosmétiques.
» Que retenir de tout ça ?
» l’étude du Dr Dabre a été largement contestée : trop peu d’échantillons, pas de lien clair établi entre les parabens et le cancer
» Les parabens sont métabolisés par l’organisme (on les retrouve dans les tissus, les cellules). Ils sont présents dans 80% des cosmétiques et le risque est donc lié à l’accumulation des parabens dans l’organisme
» Même si les composants reconnus comme cancérigènes (directive 67/548/CEE) sont exclus des cosmétiques et que les parabens ne font pas partie de cette liste, il s’avère que l’on ne peut pas nier qu’un sérieux doute existe quant à leur totale innocuité. D’ailleurs ils font toujours l’objet d’une surveillance de la part de l’afssaps
» Dans la liste des parabens si on devait les classer par ordre du plus “sur” ou moins “sur” : le méthylparaben et l’éthylparaben puis Le propylparaben et enfin le butylparaben et l’isobutylparaben. Il semblerait qu’il faille en tout cas éviter les cosmétiques qui combinent plusieurs parabens à la fois
Donc dans le doute, pourquoi ne pas s’abstenir ? D’autant qu’il existe des solutions alternatives
26/07/2008 - 1:53
Très instructif et concis. merci pour toutes ces bonnes références sur les PARABENS et autres substances chimiques plus ou moins à risque en cosmétique. Les Français-es devraient commencer à réagir, en arrêtant d’acheter toutes ces marques peu chères mais ignobles de supermarché (et, de plus, moches, avec ce design et ces pubs tape-à -l’oeil), pleines de saloperies (très allergènes)!