Poster d'une exposition sur les manifestations d'octobre 2003 - source : http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Laguerradelgas.jpgLa contestation populaire a porté ses fruits : on se souvient des violentes manifestations qui avaient secoué la Bolivie pendant le mois de mai 2005,  entraînant la démission du président Carlos Mesa et l'élection de Evo Morales, qui s'engageait alors à satisfaire le peuple en organisant rapidement la nationalisation des réserves et exploitations d'hydrocarbures boliviens. La Bolivie n'est pas la France : là bas on le voit les promesses électorales ne sont pas vaines. La nationalisation, soutenue par l'armée, des exploitations de pétrole et gaz, annoncée par le président bolivien au retour d'une rencontre à la Havane avec Fidel Castro et Hugo Chavez, commence à faire du bruit dans les rédactions des grandes capitales en ces jours de flambée des cours du pétrole.

Il faut prendre la mesure de cet évenement : la Bolivie possède les plus grosses réserves de gaz en Amérique du Sud après le Vénezuela. Les principales compagnies étrangères présentes sur le terrain sont Pétrobras (Brésil), Repsol (Espagne), BG Group Plc (Grande Bretagne), et Total (France). A priori, constater qu'un président élu souhaite redistribuer plus équitablement les revenus faramineux générés par les hydrocarbures (tant qu'il en reste, profitons-en!)  est une excellente nouvelle. Mais le Financial Times, avec son éternel lyrisme économique, rappele que Pétrobras est le principal investisseur en la matière, assurant ainsi le fonctionnement des installations d'extraction. Depuis 1994, Petrobras a investi un milliard de dollars dans ce pays, où il contrôle lui aussi 25% de la production de gaz. En outre, la quasi-totalité des infrastructures de raffinage relève de son périmètre.

 On comprend donc que derrière l'effet d'annonce, qui occasionnent comme d'habitude de nombreus commentaires d'effroi ou à l'opposé de jubilation,  le gouvernement Bolivien va devoir se mobiliser pour gérer convenablement cette ambiguité, et peut-être montrer la voix d'une nouvelle façon d'exploiter les matières premières en associant à la fois le peuple indigène et les multinationales. Il s'agit maintenant de penser en termes de partage et non plus d'appropriation exclusive.

 

Infos :

Impasse in Bolivia: Neoliberal Hegemony And Popular Resistance de Linda C. Farthing (Editions Zed Books)A Lire : Impasse in Bolivia: Neoliberal Hegemony And Popular Resistance de Linda C. Farthing (Editions Zed Books) 

Crédit Photo : Poster d'une exposition sur les manifestations d'octobre 2003
source : http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Laguerradelgas.jpg